S'inscrire  | 

Discours de fin d’année : Biya valide les critiques de Marafa

2014-01-08: Correspondance
 
1263 vues

Les voeux de Paul Biya à la nation du 31 décembre 2013 semblent tirer leur quintessence de la 7ème lettre de Marafa Hamidou Yaya du 13 septembre dernier. La plupart du temps, Paul Biya a, soit repris, soit répondu à son ancien collaborateur, lui donnant raison sur sa lecture de l'avenir de notre pays.

...
 réaction(s)

Au regard des similitudes qui existent entre les deux discours, on peut penser que le président de la République s'est largement inspiré de son ancien collaborateur qu'il a fait jeter en prison depuis juin 2012, pour s'adresser à ses compatriotes. En l'occurrence quand il a entrepris l'autocritique de son régime.

De l'incapacité du Cameroun à réaliser son destin, le président de la République s'étonne : «Mais d'où vient-il donc que l'action de l'Etat, dans certains secteurs de notre économie, paraisse parfois manquer de cohérence et de lisibilité ? Pourquoi, dans bien des cas, les délais de prise de décision constituent-ils encore des goulots d'étranglement dans la mise en oeuvre des projets ? Comment expliquer qu'aucune région de notre territoire ne puisse afficher un taux d'exécution du budget d'investissement public supérieur à 50 % ? Enfin, il est permis de s'interroger sur l'utilité de certaines commissions de suivi de projets, qui ne débouchent sur aucune décision.»

Paul Biya décrivait ainsi les conséquences de l'immobilisme de ses collaborateurs, mais aussi le sien sur la marche de notre pays. Trois mois plus tôt, Marafa, qui l'avait clairement identifié proposait : «Le Cameroun doit être gouverné et la nation doit retrouver son unité: Le redressement économique du Cameroun ne peut pas s'effectuer dans un contexte d'immobilisme.»

Avant d'ajouter que «l'immobilisme résulte principalement de deux choses : l'agencement semi-présidentiel de nos institutions, qui conduit à la dilution de la responsabilité entre le Chef de l'État et le Premier ministre ; et le rôle accessoire auquel est réduit le parlement qui tient lieu bien souvent de simple chambre d'enregistrement.

En termes plus simples, que cela signifie- t-il ? Que le Cameroun n'est tout bonnement pas gouverné.

Pour qu'il le soit, il faut comme je l'ai recommandé auparavant, supprimer le poste de premier ministre pour que le Chef de l'Etat ait une action directe et un contrôle entier sur le gouvernement et l'application des grandes orientations.»


Paul Biya valide les critiques de Marafa

En tirant à boulets rouges sur son gouvernement et son premier ministre ainsi que les organismes chargés de conduire certaines réformes, Paul Biya reconnaît clairement, comme l'a ditMarafa Hamidou Yaya «Que le Cameroun n'est tout bonnement pas gouverné.» Il le serait que ce n'est pas à la fin de l'année qu'il constaterait les insuffisances et les manquements qui continuent à plomber notre progrès. Un pays gouverné ferait des évaluations périodiques de ses actions en vue de redresser le tir là où ça coince ou accélérer les procédures quand il y a du retard. Mais que non. Tout le monde, le président et ses hommes, ont passé 12 mois à se livrer aux plaisirs de la vie, oubliant de faire leur devoir patriotique.

Dans le beau rôle, le souverain peut sereinement se pointer le 31 décembre pour énumérer ses critiques. Et proposer des solutions éculées :«Nous devons pour cela fixer, à partir des feuilles de route, des échéances à respecter absolument.» Les feuilles de route étaient déjà à l'ordre du jour l'année dernière. Elles n'ont en rien fait bouger les lignes. On est resté dans la case départ. Et ce n'est pas le fait de«fixer des échéances à respecter absolument» qui y changera quelque chose.

En fait, Paul Biya reconnaît là son éloignement de l'action gouvernementale. Un bilan annuel est tout simplement suicidaire pour un pays. Peutêtre est-il temps qu'il se mette enfin au travail. On peut toujours rêver puisque, à aucun moment, le chef de l'Etat ne s'est fermement engagé à prendre personnellement les choses en mains. Tout ce que Marafa lui reproche. Le chef de l'Etat croit trouver en «l'individualisme» l'un des freins au développement de notre pays : « Je crois que nous avons des progrès à faire sur deux points importants : la primauté de l'intérêt général et la coordination de nos efforts.

Bien qu'attachés à nos communautés d'origine – ce qui ne nous empêche pas d'être de fervents patriotes lorsque l'honneur national est en jeu – nous sommes un peuple d'individualistes, plus préoccupés de réussite personnelle que d'intérêt général. Notre Administration reste perméable à l'intérêt particulier. Ce dernier est le plus souvent incompatible avec l'intérêt de la communauté nationale. Dans un Etat moderne, cette dérive ne doit pas être tolérée. La plupart de nos grands projets mettent en jeu, à un stade ou à un autre de leur mise en oeuvre, les compétences de divers services. Je ne suis pas sûr que l'indispensable coordination entre ceux-ci ait toujours lieu. Il nous faudra sans aucun doute améliorer les choses de ce point de vue.»
Marafa avait déjà stigmatisé l'égoïsme, teinté de tribalisme, rendant d'ailleurs le régime responsable de ces dérapages et comportements antirépublicains :«des crispations tribalistes pénètrent toute la société et chaque acte de l'exécutif semble être pour les favoriser.

Du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, en passant par le Littoral, les populations ont le sentiment d'être méprisées, ignorées. Notre pays est de plus en plus une juxtaposition de régions ou d'ethnies, régression qui nous ramène des dizaines d'années en arrière. C'est un des plus grands échecs à mettre au passif de Paul Biya. Ce vecteur de division entre les Camerounais est le plus sûr moyen à la fois de décevoir les espoirs de ceux qui espèrent l'après-Biya, et de conforter les craintes de ceux qui redoutent son départ du pouvoir. Nous nous devons au quotidien, malgré l'action contraire de l'Etat, de dépasser ces clivages, d'oublier ces fausses distinctions, de faire taire la méfiance pour bien nous pénétrer de cette vérité : nous n'avons d'avenir que commun.»


Aveu d'incompétence

Il se trouve malheureusement que c'est dans les eaux troubles du tribalisme, de l'enrichissement illicite, de la corruption, de l'individualisme que le Cameroun évolue depuis des décennies. Dans ses voeux, Paul Biya ne dit pas s'il a trouvé la parade imparable pour déloger des mentalités des dérives aussi longtemps et aussi solidement enracinées. Qu'importe, on a fini par s'habituer à ses demi-solutions, ses réponses évasives ou ses projets brumeux. Il fait néanmoins un constat d'échec de sa politique économique. Laquelle fait du surplace, avec une croissance limitée à 4,8 %, 2 points en deçà de la projection. «Notre croissance est actuellement soutenue par la bonne tenue des recettes pétrolières et les crédits publics. L'investissement privé demeure quant à lui insuffisant.

Nous devons encore améliorer le climat des affaires. Cela ne nous dispense pas, évidemment, de poursuivre les réformes structurelles en cours et
de continuer à renforcer la discipline budgétaire»
, reconnaît-il. Parlant de la participation du secteur privé à l'essor économique, Marafa disait déjà : «La mutation envisagée est considérable, car elle implique que le secteur privé, c'est-à-dire les entrepreneurs camerounais, et non plus l'État, devienne désormais le principal créateur de la richesse nationale. Le pouvoir exécutif doit faire le pari de la confiance aux Camerounais, et accepter que l'État perde sa place dominante et les prérogatives lui venant de la priorité donnée jusqu'ici aux industries extractives dans le processus de formation de la richesse nationale.

En termes concrets, développer le secteur privé, cela veut dire : des règles du jeu claires, moins de fraudes, plus de sécurité juridique,et l'accès des nationaux à tous les secteurs d'activité. »
Paul Biya prend ainsi clairement à son compte le postulat de Marafa Hamidou Yaya sur le rôle futur du privé dans une économie moderne, mais évite soigneusement de le suivre dans les solutions, parmi lesquelles la sécurité juridique ou l'accès des nationaux à tous les secteurs d'activité. C'est tout juste si le président dit, du bout des lèvres que «nous devons améliorer le climat des affaires». Aucun mot sur la diversification de notre économie qui demeure une économie de rente, appuyée sur les recettes pétrolières. Tant qu'à s'inspirer de Marafa, autant le faire jusqu'au bout. Car en réponse à la précarité de cette économie de rente, l'ancien Sgpr projette :«Depuis les années 80, le modèle économique de notre pays est orienté vers l'accroissement de la rente pétrolière. Mais, aujourd'hui, la situation n'est plus tenable, les réserves s'épuisent.

C'est pourquoi le Cameroun doit en priorité diversifier son économie, et trouver des chemins de croissance dans des secteurs créateurs à la fois de richesses et d'emplois. Ces sources sont clairement identifiées : gains de productivité dans l'agriculture (cacao, café, coton, banane), développement des services (banques et transports), qui sont déjà le premier contributeur à la croissance, rattrapage du retard dans les industries manufacturières et investissement massif dans les infrastructures. »
Une vision qui peut porter vers l'avant une économie comme la nôtre. Mais ce n'est pas par hasard que Paul Biya s'abstient de reprendre les solutions proposées par son ancien collaborateur. Sa politique économique est incapable de créer des industries de transformation afin de limiter la braderie de nos matières premières et optimiser leur rentabilité par leur transformation sur place.

Ainsi, notre fer comme notre bois, pour ne citer que ces deux exemples, continueront à enrichir des puissances étrangères dont nous sommes fatalement
des clients.



S'agissant de l'insécurité autour de nos frontières, Marafa avait également déjà tiré la sonnette d'alarme : «Nous nous devons au quotidien, malgré l'action contraire de l'Etat, de dépasser ces clivages, d'oublier ces fausses distinctions, de faire taire la méfiance pour bien nous pénétrer de cette vérité : nous n'avons d'avenir que commun. Cet appel à l'unité que je lance ici répond aussi à une situation historique qui va s'aggraver au cours des cinq prochaines années : il s'agit de l'instabilité à nos frontières.

Désormais, des réseaux terroristes et mafieux infiltrent notre pays, des troupes armées y font même des incursions. Peut-on écarter le risque qu'à la faveur d'on ne sait quelle combinaison, notre pays finisse par être déstabilisé ? Ferons-nous encore longtemps semblant de ne pas voir que c'est une menace à l'intégrité territoriale de notre pays ? Saurons-nous nous unir pour y faire face ?»
Jusqu'ici, c'était silence radio du côté d'Etoudi.

Bien sûr, il y a eu des actes comme le refoulement des intrusions venues de notre voisin centrafricain. Mais la gravité des expéditions dans nos villes frontalières commandait que le chef de l'Etat convie la communauté nationale à la défense sans concession de son territoire. Ce n'est qu'après des enlèvements éclatants de Français et leur libération non moins éclatante que le peuple est informé des dangers de l'insécurité transfrontalière qui pèse sur son pays.

Devant la médiocrité de ses propres résultats, Paul Biya s'interroge :

«Serions-nous incapables de faire ce que d'autres pays comparables au nôtre ont fait ou sont en train de faire ? Je ne le crois pas. Nous avons des hommes, des femmes et des jeunes talentueux, ingénieux, bien formés et entreprenants, capables de relever ces défis. Nous avons des ressources naturelles, abondantes et variées. Nous avons des institutions, modernes et démocratiques. Notre pays connaît la paix et la stabilité. Alors que nous manque-t-il ? Que nous manque-t-il ?».

L'unité, avait déjà répondu Marafa dans sa septième lettre : «Quand il est uni, mobilisé, rassemblé, c'est un pays courageux, capable de relever tous les défis et de faire face à toutes les menaces. Quand il est désabusé, sans objectif clair, c'est un pays qui glisse vers la facilité, le désordre, l'égoïsme, qui se montre incapable de tirer avantage de tous ses atouts.» Voilà qui est dit. Bien dit.

© Les Nouvelles du Pays : Etienne PENDA

 

Commentez avec votre compte mboapages
  • mboa talk, post a comment
    Your comment is too short or too long


 

Commentez avec votre compte facebook



Proverbe du jour

Un individu conscient et debout est plus dangeureux pour le pouvoir que dix mille individus endormis et soumis

Mahatma Gandhi

Commenter
Sondage

Quel pays africain aura le meilleur parcours à la coupe du monde 2014?

Commenter
Actualités les + populaires
facebook
twitter
google+